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La curée.

L'équipage des Bois-Verts et le Rallye Malpaire sonnant la
curée devant le vieux château au Parc Soubise chez Mr le comte
Guillaume De Chabot.
On enlève les chiens, qu'on met à
l'abri, pendant qu'on dépouille l'animal.
Celui-ci est placé sur le dos, les bois couchés
le long de l'encolure et fichés en terre (ce qu'on appelle
enfourchi ou emperché). On désarticule l'antérieur
droit au-dessus du genou et l'on en tresse la peau; ainsi paré,
le pied sera offert au moment des honneurs. Les quatre membres
sont levés, mis dans un sac avec les bons morceaux de
venaison (filets, etc.). Leur distribution devra obéir
à une politique raisonnée, pour remercier tous
ceux qui ont aidé à la chasse et faire des politesses,
sans oublier les libéralités aux œuvres hospitalières
locales. La chair du cerf forcé est moins bonne que celle
d'un animal frais tiré à la carabine. Elle est
néanmoins estimée.
Le coffre, les bas morceaux et l'appareil digestif sont
recouverts par la nappe; un homme, debout, tient la tête
du cerf par ses bois et la balance à la vue de la meute
qui l'aboie, maintenue sous le fouet du premier piqueur; les
veneurs se placent derrière la dépouille, maîtres
à droite, piqueurs à gauche. Les rites de la curée
diffèrent un peu suivant les équipages. Voici
le plus classique : on sonne la tête de l'animal (daguet,
seconde tête, troisième tête, quatrième
tête, dix-cors jeunement, dix-cors ou la Royale, tête
bizarde), puis l'hallali et la mort; au moment où le
piqueur abaisse son fouet et où les chiens font curée
chaude, on sonne la curée; puis les honneurs du pied
(cape à la main pour les maîtres et pour les piqueurs),
pendant que le premier piqueur présente le pied droit
de l'animal, qu'il a levé et tressé, au personnage
à qui sont faits les honneurs. Le maître d'équipage
accompagne le piqueur et félicite le récipiendaire.
Celui-ci remercie, prend le pied et donne, à la fin de
la curée, un pourboire au premier piqueur. On sonne ensuite
la fanfare de l'équipage, celle du maître d'équipage,
celle des personnalités présentes, et des fanfares
ad libitum. Si les maîtres sonnent bien, ils attaquent,
et les piqueurs répondent. On peut aussi faire donner
le chant en solo par une fine trompe et reprendre ensemble,
ou encore plus simplement sonner sans reprise, maîtres,
piqueurs (et amateurs) ensemble. De toute façon, prévoir
une seconde trompe pour trois premières. S'il se trouve
un veneur pouvant sonner la troisième (ou basse), les
fanfares en acquerront plus de relief
Les trophées du cerf sont:
1_ Son massacre;
2_ Son antérieur droit, objet des honneurs;
3_ Ses crochets, ou crocs. S'ils sont beaux et bien
tachés, le premier piqueur peut les enlever et les nettoyer
pour les mettre dans sa collection; il peut en céder
contre une rémunération bénévole.
La paire de crocs noués et montés en broche constitue
l'épingle classique du veneur, avec laquelle il tient
sa cravate de chasse,
4_ Pour mémoire, la nappe du cerf : en plein
hiver, si la fourrure est forte, elle peut être retenue
et tannée, pour constituer un tapis de selle, une couverture
d'automobile, une descente de lit, etc. Choisir une nappe qui
n'a pas été percée par des coups de dague
ni par une balle.
Cependant, on fera l'appel de tous les chiens; on notera
les manquants. Si les piqueurs font retraite à cheval,
ils sonneront à travers bois pour les rallier. On s'inquiétera,
dans les jours suivants, de retrouver les chiens perdus; certains
rentreront seuls au chenil, d'autres se réfugieront chez
l'habitant. Un piqueur viendra les chercher et gratifiera les
personnes qui les ont recueillis.
Pour les veneurs, la journée est terminée.
Pendant qu'on dépouillait l'animal, ils se sont restaurés
aux cantines qu'avaient apportées les automobiles. Les
cochers rentrent les chevaux, et les veneurs se retirent en
auto. jadis, ils faisaient retraite à cheval, et leurs
récits mentionnent avec orgueil, mais sans les regretter,
leurs longues retraites à la nuit tombée. Il est
recommandé de ne pas terminer une journée de chasse
à courre sans se réunir pour goûter ou dîner
dans une maison amie ou dans une auberge. Dans la bonne humeur
et parfois la passion, on retracera les péripéties
de la journée; on en tirera la leçon ad majorem
venationis gloriam.